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Les Coulisses

Les coulisses de La Marche Sans Faim

600 km – 0 calories, à travers les monts Mackenzie sans manger

 

DESCRIPTION

En 2016, après avoir été le premier homme à franchir, en solitaire et sans moyen motorisé, les monts Mackenzie au Canada en période hivernale, je souhaite y retourner pour une traversée estivale mais sans manger. En réalisant cette marche d’environ 600 km le long de la Canol Heritage Trail en jeûnant, je souhaite attirer l’attention de mes concitoyens sur les bienfaits du jeûne et les formidables capacités du corps humain que recèle chaque individu dès lors qu’il n’est pas affaibli par une hygiène de vie inadaptée. Cette aventure fera l’objet d’un livre et d’un film réalisé par Damien Artero.

LE PLAN

Canol veut dire ‘Canada oil’ : c’était l’énergie d’hier et encore d’aujourd’hui. Je compte suivre ce pipe-line démantelé, incarnant la fin du pétrole, sans manger, donc en utilisant l’énergie de demain, pour un temps : la lumière. ‘Fast enlight’ ! Tout simplement. Comme l’a fait Alain Bombard en mer, me mettant “naufragé volontaire”, je veux révolutionner les principes de survie en milieu sauvage et nous interroger sur notre approche de la nourriture. C’est une aventure pour déplacer les limites humaines et prendre confiance en l’avenir, en nous, en des solutions possibles. Car, je crois, on a que les limites qu’on se donne…

 Voici le terrain de jeux :

Les monts Mackenzie, voisines des Montagnes Rocheuses, dans le nord américain, forment une chaîne de 233 125 km2 (6 fois la Suisse) située entre le Yukon et les Territoires du Nord- Ouest, au Canada. Située juste sous le cercle polaire, elle culmine à 2972m (Pic Keele) et contient 55% des réserves mondiales de tungstène.

Ce territoire est vierge de toute ville. Seules deux routes s’aventurent dans ces étendues : la Nahanni Range Road et la Canol Road, toutes les deux situées côté Yukon. Côté Territoire du Nord-Ouest, il reste seulement les vestiges d’un ancien pipe-line démantelé juste après la seconde guerre mondiale qui rejoint le terminus de la Canol Road.

L’itinéraire suivi démarrera de Norman Wells dans les Territoires du Nord-Ouest, une ville pétrolière située sur les berges du fleuve MacKenzie, pour suivre l’ancien passage du pipe-line sur 360 km (appelé Canol Heritage Trail) juqu’au col MacMillan à la frontière avec le Yukon et continuer sur les 210 km de la Canol Road jusqu’à Ross River, fin de l’aventure. Au col accessible par route seulement l’été, on trouve une station météo, une piste d’atterrissage pour avions et un petit centre touristique appelé Dechenla Lodge. Partout ailleurs, c’est un sanctuaire pour les grizzlys, les loups et les caribous où l’exceptionnelle richesse des affleurements permet de retracer toute l’histoire de la Terre. Egalement véritable musée à ciel ouvert de la seconde guerre mondiale, la Canol Heritage Trail est reconnue pour être le trek le plus difficile et le plus reculé au monde. Les rivières doivent être traversées à gué ou à la nage, il n’y a aucun balisage et rares sont les trekkeurs qui en viennent à bout sans avoir organisé au préalable des ravitaillements alimentaires par avion.

Il me faudra entre 14 et 21 jours de marche pour venir à bout de ce trek de 600 km que j’effectuerai en sandales.

LES DIFFICULTES

Outre les essaims de moustiques, outre la présence des grizzlys qui empêche de dormir sur ses deux oreilles, outre le franchissement d’éboulements, de rivières sans pont et de marais, outre le climat subarctique, le problème majeur sera bien sûr de marcher sans apport de nourriture. Au bout de deux ou trois jours de jeûne, le corps ralenti son métabolisme de base pour s’économiser : la température corporelle et la tension baisse, le pouls ralenti et la motivation pour toute activité se désagrège. En contrepartie, les sens s’aiguisent, les schémas comportementaux nous laissent en paix et les facultés mentales (imagination, lucidité, mémoire, intuition) sont littéralement dopées. On vit alors une formidable expérience intérieure.

Si on ne peut effectuer un effort physique intense pendant un jeûne, l’énergie est toujours présente pour réaliser un effort d’endurance modéré tel que la marche. Il s’agit là d’un processus adaptatif sélectionné par l’évolution. Pour survivre en période de disette, c’est précisément à ce moment là que l’être humain doit être le plus pertinent dans ses choix et apte à se déplacer sur de longues distances.

Des expériences de ce genre ont déjà été menées en France par Bernard Clavière. A deux reprises, ce soixantenaire a marché Bordeaux – Paris, 600 km en 14 jours sans se nourrir. Preuve a été faite que c’est possible et je souhaite simplement placer la barre un peu plus haute en réalisant une telle marche dans une nature sauvage comme si j’étais en condition de survie, tout en consacrant du temps et de l’énergie pour partager mon expérience devant la caméra.

Afin de me préparer à ce challenge, j’ai habitué mon corps à réaliser mes journées de travail (10h en forêt + course à pied en soirée) à jeun, et il va sans dire que je pratique régulièrement des jeûnes. Mon corps est mon instrument de travail et je l’affûte comme mes tronçonneuses.

DE QUOI VAIS-JE VIVRE ?

Voici les explications techniques de Sarah Juhasz, ancienne ingénieure en Génie Biologique et chercheuse, diplômée de l’ISUPNAT (Institut Supérieur de Naturopathie), certifiée en cuisine végétale,et prochainement qualifiée en encadrement de jeûne et randonnée.

« Tous les animaux jeûnent. Nous aussi nous jeûnons, toutes les nuits. Le jeûne, comme l’explique bien Yvon LEMAHO, directeur des recherches au CNRS ayant étudiés les « animaux comme modèles pour la compréhension des mécanismes d’adaptation au jeûne prolongé », est un phénomène naturel, spontané et régulé. Nous avons tous en nous, un programme sur lequel l’organisme peut switcher lorsqu’il rentre en période de jeûne afin d’utiliser ses réserves pour subvenir au besoin cellulaire : c’est le principe de l’autolyse. La lyse (destruction cellulaire) s’effectue sur nos propres tissus, en commençant par ceux superflus, malades et parfois dangereux. Ainsi, les excès de graisses en réserve seront utilisés bien avant que ne soient entamées les masses musculaires (celles-ci peuvent être partiellement utilisées si le jeûne se prolonge sur une longue durée). Les organes nobles comme le cerveau, les tissus nerveux, les glandes, le cœur ne sont pas affectés par cette lyse. Le jeûne est un processus d’auto-nettoyage sélectif de l’organisme, où une « épargne protéique » est mise en place. Le Docteur Françoise Wilhemi de Toledo, directrice médicale des cliniques Burchinger Wilhemi en Allemagne et Espagne, nous explique dans son livre « L’art de jeûner » que les réserves de l’adulte de poids normal (70kg pour 1.70m) peuvent assurer un jeûne d’environ 40 jours, celles de l’obèse (90kg pour 1.70m) beaucoup plus longtemps. On constate que le jeûne est bien un mécanisme d’adaptation différent selon chaque individu. En fonction des réserves graisseuses de l’individu, la dépense sera plus ou moins importante : pour une forte adiposité, la dépense protéique sera moins importante que pour une faible adiposité. Il peut donc être intéressant de prendre un peu de réserve graisseuse avant de partir en expédition. C’est d’ailleurs ce que fait Sarah Marquis, un “National Geographic Explorer” qui parcourt le monde à pied en solitaire depuis 24 ans. Sarah prend entre 10 et 15 kg avant de partir en expédition, cela lui permet d’avoir moins de réserve à porter puisqu’elle les a en elle !

Le « menu » de l’organisme soumis au jeûne pour un adulte de poids normal (1.70 m / 70 kg IMC 24.22) selon Cahill est le suivant :

Environ 0,75 kg d’hydrates de carbone (glycogène) soit 1.07% du poids de l’individu ; 3 kg de protéines, soit 4.29% du poids de l’individu ; 10 kg de lipides (graisse), soit 14.29% du poids de l’individu.

Florian pèse aujourd’hui 58 kg pour 1.62 m. Il a un IMC de 22.10, ce qui le situe dans la fourchette de normalité. Il peut jeûner sans souci. Le tout est de savoir maintenant, combien de jours ! Florian possède 13% de masse graisseuse, ce qui correspond à 7.54 kg. Florian envisage une dépense calorique journalière comprise entre 4000 et 4500 kcal, soit 500 g de lipides. Je ne compte pas, volontairement, les glucides du début de jeûne et les protéines dans le raisonnement afin de garder une marge de manœuvre. Au regard de sa masse graisseuse, Florian peut jeûner 15 jours au rythme envisagé. Afin de réaliser son parcours, prévu sur 3 semaines, soit 21 jours, il serait intéressant que Florian ait à minima 10.5 kg (soit 18,10 %) de masse graisseuse sur lui.

Je recommande également à Florian d’expérimenter déjà 7 à 10 jours de jeûne en faisant de longues randonnées et voir comment il se sent. Une préparation psychologique est tout aussi importante puisque son projet se fait en solitaire. Il est important que Florian s’écoute, s’observe quotidiennement, et sache répondre de lui-même aux potentielles crises curatives, et connaisse les signaux d’arrêt du jeûne afin qu’il ne mette pas sa vie en danger.

Florian souhaite faire son projet en jeûne hydrique, c’est-à-dire à l’eau uniquement. Dans la méthode Burchinger, méthode utilisée en Allemagne et par la Fédération Française de Jeûne et Randonnée, nous recommandons un petit verre de jus de fruit le matin pour avoir un apport de sucre permettant de donner un coup de boost sans rompre le mécanisme du jeûne mis en place par l’organisme, ainsi qu’un bouillon de légumes filtré le soir pour un apport de minéraux. Les longues heures de randonnées par jour devront être fait au rythme du corps de Florian afin qu’il puisse économiser son énergie. Il serait intéressant d’entrecouper les randonnées de petites pauses, pour bien boire, et éventuellement apporter un complément en minéraux pour éviter les crampes potentielles. C’est un beau projet, qui demande du sérieux, de la rigueur et un suivi de Florian, et que j’ai hâte de voir réalisé. »

Détails des calculs :

 

Poids (kg) 58,00
% masse graisseuse 13,00
Poids de masse graisseuse (kg) 7,54
1 g de lipides brûlés donne 9 kcal d’énergie  
Dépense calorique prévisionnelle (kcal /jour) 4500,00
Poids de lipides brûlés par jour (g) 500,00
Nombre de jours de jeûne possible avant d’épuiser la masse graisseuse 15,08
   
Si Florian veut faire son parcours en 21 jours, il devra pendre du poids et notamment de la masse grasse avant :
Nombre de jours de jeûne envisagés avant d’épuiser la masse graisseuse 21,00
Poids de lipides brûlés par jour (g) 500,00
Poids minimal de masse graisseuse (kg) nécessaire 10,50
Soit un % de masse graisseuse de 18,10

 

LE FILM

Avec Damien Artero (réalisateur de « 71 Degrés Solitude Nord » passé aux Ecrans de l’aventure de Dijon en 2015) nous partageons les mêmes lubies sur l’alimentation et nous souhaitons nous associer pour réaliser un film d’aventure au sens ou Milan Kundera l’entendait : « Une exploration passionnée de l’inconnu ». Compte tenu des difficultés du terrain, Damien me rejoindra avec son vélo dans un avion de brousse pour me suivre sur la deuxième moitié du parcours qui est carrossable. Avant cela, je serai seul avec ma gopro.

Auteur engagé, Damien a une ribambelle de documentaires à son actif dont deux séries, “Le Grand Détour” et “No Man Iceland” ont été diffusés en 2012/2013 sur France Ô et TV5 Monde, et auparavant sur Voyage. Il a filmé une traversée hivernale de la Laponie, une expédition de ski handicapé au sommet du Spitzberg… Entre deux périples au-delà des méridiens, il entretient une série de films courts sur l’exploration sportive en France : “France, terre d’aventures” et réalise des vidéos de recettes de crusine (recettes végétales crues). Ses films sont visibles sur Trek TV, Spicee TV, Discovery Channel, France Télévisions, Planète+…

Compétent, parlant couramment anglais et espagnol, autonome et aguerri aux tournages tous- terrains en conditions difficiles, ses travaux précédents et son mode de vie en font le réalisateur idéal pour “La Marche Sans Faim”.

Je lui passe le clavier :

“Ce film est pour moi l’étape naturelle suivante, après avoir enquêté sur l’alimentation végétale crue pour TUANI et avant cela mis en pratique ce mode de vie dans mes différents expéditions et tournages – sachant que voilà 7 ans je réalisais déjà un premier documentaire sur le sujet.

Ces dernières années, le public a manifesté de façon croissante son besoin de réponses alternatives là où la médecine conventionnelle s’avouait de plus en plus désarmée : épidémies de maladies chroniques dégénératives et/ou douloureuses, cancers, surpoids, diabètes… Une vague de retour à des pratiques physiologique ancestrales et l’éveil à une alimentation de santé sont en marche, d’ors et déjà.

D’un point de vue documentaire, à travers La Marche Sans Faim, je souhaite d’abord réitérer la fusion opérée dans TUANI, d’une forme d’aventure singulière avec une recherche de bien-être et de santé, le tout dans la joie, la découverte et l’épanouissement. Mon intention est également de documenter le jeûne de façon scientifique et solide afin d’offrir des pistes de réflexions et de mise en pratique accessibles. Florian sera soumis à un suivi médical exhaustif. Les intervenants seront multiples, à commencer par Sarah, la scientifique qui nous accompagnera et assurera le suivi de santé de Florian et dont le jeûne est une spécialité, mais également : médecins, naturopathes, praticiens et encadrants de jeûnes, détracteurs de la pratique, nutritionnistes, historiens aussi car le jeûne est une pratique ancienne.

D’un point de vue technique et esthétique, j’envisage ce film comme un western contemporain, avec usage précis du drone et du travelling, comme j’aime toujours faire. Ce sera tout autant un ‘man-versus-wild’ authentique (avec des caméras subjectives et intimistes) et attachant, un peu mystérieux dans l’ambiance, personnel et décalé, centré sur le personnage si atypique – et en même temps si humain – de Florian mais ouvert sur, et avide de documenter, la région quasi inexplorée des Monts Mackenzie et les rares populations limitrophes, avec lesquelles Florian devra échanger et interagir – pourquoi pas en les interpellant sur leur rapport à la santé, à l’alimentation, et à l’énergie de vivre. Au-delà du jeûne que l’on veut éprouver de façon avancée, c’est aussi un cadre pertinent pour déployer une réflexion sur ce retour aux naturel, aux racines de notre bien-être et de notre santé, que j’évoquais plus haut.

Ce sera donc un film envoûtant et déroutant, au souffle d’envergure, mais à la documentation solide et à la trame narrative immersive, avec un travail visuel autour des décors et de la place que l’homme solitaire s’y donne : je l’ai dit, un western moderne et une quête personnelle aux dimensions et aux impacts collectifs.”

– Damien –

EQUIPEMENT

Pour relever ce défi, je mise tout sur la légèreté. Mon sac à dos de 20L contiendra seulement une tente, un duvet, des habits pour être au chaud et au sec, une balise InReach, une Gopro, un GPS, une boussole, des cartes de la région et le nouveau testament (en cas de coup dur).

 

 

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