Un nouveau défi

Avant d’entamer America Extrema, j’avais déjà en tête le prochain défi. Rien de tel que les longs moments de solitude d’une expédition pour préparer la suivante. C’est un véritable privilège que d’être coupé de tout ou presque, pour réfléchir à l’orientation que prendra ma vie. Ce dont j’ai besoin pour m’épanouir, c’est d’explorer; mais de nos jours, que signifie encore explorer lorsque atteindre les pôles ou gravir un 8000 m est avant tout une question d’équipement et de gros sous ? Aujourd’hui, en lisant (ou relisant) les récits d’aventures qui autrefois me transportaient, je ne rêve plus. Le monde de l’aventure s’est démocratisé et les aventuriers sont devenus des sportifs et c’est tant mieux;  car l’exploration ne s’arrête pas pour autant, elle prend même d’ores et déjà de nouveaux chemins. La terra incognita du 21ème siècle, c’est le corps humain et ses incroyables capacités que la médecine moderne commence tout juste à décoder. Ce « nouveau continent » a déjà ses pionniers, en particulier, le Néerlandais Wim Hof, capable de rester 72 min dans l’eau glacée, et qui a presque réussi l’ascension de l’Everest pieds nus et en short. Je pense aussi à ce groupe de onze Suédois qui, en 1954, a rejoint Stockholm à pied depuis Göteborg, 520 km en 10 jours, en jeûne total, ou encore, aux coureurs du monde entier qui parcourent de longues distances pieds nus.

Pendant trois ou quatre ans, je vais donc développer autant que possible les trois aptitudes suivantes : courir pieds nus sur de longues distances, maîtriser la thermorégulation de mon corps afin de supporter l’eau glacée et, enfin, être capable de courir (ou marcher) plusieurs jours sans manger. Puis, le jour où je me sentirai prêt, je m’élancerai pour un nouveau défi : Mission Tibet. Je partirai de chez moi sans rien : sans chaussures,  sac à dos,  argent ni papier, pour rejoindre le Tibet en passant par l’Europe de l’Est, la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Inde puis la Chine. Comme il me sera indispensable de bénéficier de l’hospitalité presque quotidiennement tout le long de mon parcours, je rechercherai, avant le départ, des mécènes et commanditaires pour apporter une aide financière à une association, ou ONG à but humanitaire de chaque pays traversé, en guise de remerciement. Une fois au Tibet, j’envisage de rester seul dans une grotte pendant un an pour méditer.

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Epilogue

Voilà déjà une semaine que je suis de retour dans mon cher terroir où j’ai retrouvé avec bonheur famille et amis. Finie la rude vie d’aventurier, je peux désormais utiliser un téléphone, me doucher quand je le souhaite et manger ce qui me plaît… Bref, je me réjouis de ces choses simples, enfin accessibles, et savoure chaque seconde qui s’écoule.

Devant l’un des murs de ma maison, je reste parfois de longs moments, songeur, à contempler une mappemonde où le trajet d’America Extrema est représenté au feutre noir. Oui ! Je l’ai fait et je suis revenu entier ! Mais dans le fond, “je” est un peu usurpé au regard de toutes les personnes qui, depuis la France, et tout le long de mon chemin m’ont aidé. J’ai une dette énorme envers ceux qui m’ont donné de leur temps ou de leur argent, et ceux qui ont ouvert la porte de leur maison ou de leur cœur. America Extrema ce n’est pas seulement 12 000 km, c’est aussi une longue chaîne humaine dont j’ai eu le privilège d’être le lien commun. Je me dois maintenant de coucher tous ces souvenirs sur le papier afin de ne jamais oublier. L’expédition sera complètement achevée une fois son récit publié, dans un an environ.

Dans son autobiographie, “Un long chemin vers la liberté”, Nelson Mandela conclut en ces termes :

“J’ai découvert ce secret : après avoir gravi une haute colline, tout ce que l’on découvre, c’est qu’il reste beaucoup d’autres collines à gravir. Je me suis arrêté un instant pour me reposer, pour contempler l’admirable paysage qui m’entoure, pour regarder derrière moi la longue route que j’ai parcourue.”

Du haut de cette “colline”, je ne peux m’arrêter qu’un seul instant car le long et tortueux chemin de la vie m’appelle de toutes ses forces.

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Wales / Cap Prince de Galles

Après 8h de VTT sur une piste de terre très vallonnée, j’arrivais à Teller, transi par la pluie mais heureux, chez Joe Garney, un musher, mi-Italien mi-Esquimaux, de grande renommée. Depuis Nome, Harvey Miller avait tout organisé et une famille d’accueil m’attendait dans les trois derniers villages de l’expédition. Joe m’a invité dans son sauna surchauffé où je suffoquais presque, tandis qu’il m’entretenait de sa conception de l’univers héritée des croyances ancestrales inuites comportant, ce qui m’a surpris, beaucoup de similitudes avec le bouddhisme. Joe, en n’ayant pas adhéré aux religions importées par les missionnaires de différentes confessions, fait figure d’exception. Le lendemain, j’ai traversé un lagon, large sur sa section la plus étroite, de quelques centaines de mètres seulement, mais agité par une houle impressionnante qui soulevait mon petit kayak d’au moins un mètre, je n’en menais pas large… A Brevig Mission, j’ai eu beaucoup de difficultés à obtenir les bonnes informations concernant l’itinéraire à suivre, ainsi que les distances. Je n’ai pas trouvé deux personnes ayant le même avis. Je m’en suis finalement bien sorti en me laissant guider par un peu de bon sens et d’intuition, excepté le dernier jour, peut-être le pire de tous, que je ne suis pas près d’oublier. Ce jour-là, la température n’était que de 5 degrés, il pleuvait très fort et un vent violent m’empêchait de marcher droit. Je n’ai pas de vêtements réellement imperméables, aussi, avec ces conditions météorologiques, je savais qu’après 8h de marche sans m’arrêter, je tomberai en hypothermie. Ce délai était tout juste suffisant pour rallier Wales, mais c’était sans compter sur une erreur d’itinéraire. Après 6h de marche forcée pour ne pas avoir froid, je me suis engagé sur une piste utilisée par la base aérienne militaire de Tin city qui mène à un col où se trouve une antenne, à seulement quelques kilomètres de Wales. Mais la route s’arrête nette là-haut, il s’agit d’une impasse. Heureusement, j’y ai rencontré deux militaires qui m’ont sauvé la mise en me conduisant à leur quartier général où j’ai été très bien reçu. Après quelques heures de repos bien au chaud, je suis reparti dans des habits secs, et le mercredi 20 juillet vers 19h30, je me trouvais au Cap Prince de Galles, le point le plus à l’ouest du continent Nord-Americain, j’avais mené à son terme America Extrema. Je ne réalise toujours pas ce que je viens d’accomplir et je n’ai pas encore réussi à relâcher l’énorme tension nerveuse qui m’a fait tenir jusque là malgré l’épuisement. Il me faudra sûrement attendre le retour en France, prévu dans quelques jours, pour vraiment décompresser et savourer pleinement cette victoire. Ce sera alors le moment d’écrire le dernier chapitre de cette longue aventure.

Avec Harvey Miller, à Nome

Avec Harvey Miller, à Nome

En route pour Teller

En route pour Teller

Au cap Prince de Galles

Au cap Prince de Galles

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Nome

Chaque personne rencontrée en Alaska me demande si je porte une arme pour me protéger des ours. Aussi, suis-je blasé par cette question à laquelle je réponds de plus en plus négligemment. Mais en quittant Golovin, j’ai eu un sombre pressentiment, je me suis dit qu’à force de rire du “Grand Méchant Grizzly”, il allait m’en arriver une prochainement. Toute la journée, j’ai redoublé de précautions pour prévenir toute rencontre avec les ursidés. La cabane convoitée pour clore la journée était alors visible et il ne me restait qu’à franchir une série de buissons pour l’atteindre, mais le pressentiment de danger était toujours aussi fort en moi. Avant de sortir des derniers fourrés, je suis resté caché pour observer les alentours et, aussi incroyable que cela puisse être, il y avait une maman ours avec son petit. Si j’avais foncé comme j’ai l’habitude de le faire, je me serais retrouvé au milieu d’eux. Erreur que l’on ne commet généralement qu’une fois dans sa vie… Ce soir là, il tombait des cordes et une tempête menaçait, alors j’ai pris le risque de contourner la cabane pour y rentrer à pas de loup, du côté opposé aux ours. Quelques minutes plus tard, le vent s’abattait sur la côte et je pouvais jouir en toute sécurité, depuis la fenêtre de l’abri, du spectacle envoûtant de l’océan déchaîné. Je n’ai pu dormir cette nuit là tellement la vue, juste, de ce pressentiment m’avait bouleversé.

La suite du parcours s’est déroulée sans incident, je n’ai eu qu’à marcher sur la toundra et gravir de nombreuses pentes, recouvertes de délicieuses mûres arctiques et de myrtilles, du haut desquelles la vue était sublime. Je suis arrivé à Nome hier où j’ai été accueilli par Harvey Miller, rencontré la veille, par hasard, sur la route le long de la lagune, alors que je recherchais désespérément de l’eau douce pour étancher ma soif. Sur la côte, il n’est pas toujours facile de s’en procurer, à maintes reprises, je me suis contenté de ne boire qu’une fois par jour. Harvey est un mec en or, chez qui je me suis accordé, une journée dont j’avais grand besoin. Bien plus que le repos concédé à mon corps, c’est la chaleur humaine émanant des agréables rencontres qui me remplit d’énergie. Grâce à l’aide généreuse de la population de Nome, je vais repartir demain matin sur un vélo en direction de Teller, située à 120 km environ. Puis, il me restera à traverser un dernier lagon avec le kayak, avant de marcher sur Wales, l’ultime destination d’America Extrema.

En route pour Nome

En route pour Nome

Empreinte d'ours

Empreinte d’ours

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Golovin

Longer les côtes très variées de la mer de Béring est en général un vrai régal. Les plages de sables alternent avec celles de galets et les falaises abruptes se franchissent en crapahutant sur les gros rochers à leurs pieds, ou bien en les contournant par la mer avec le kayak. Le vent est très calme depuis une semaine et, étrangement, faire du kayak en mer se révèle plus facile que sur le Yukon. Pour éviter les trop longs détours imposés par les caps Denbighs et Darby, j’ai choisi de les couper par l’intérieur, ce qui m’a obligé à marcher sur la toundra, une succession de bosses et de trous très exigeants pour les chevilles. C’est sur la toundra du cap Darby que j’ai enfin pu apercevoir, pour la première fois, des bœufs musqués. Ils étaient une quinzaine et j’ai voulu m’approcher, mais un membre du groupe m’a aperçu et s’est dirigé vers moi à une vitesse impressionnante. J’ai du déguerpir prestement sans demander mon reste…

En Alaska, la prohibition de l’alcool existe encore et tous les villages, dits “secs”, de la côte y sont soumis. Je retrouve alors avec plaisir la bonne ambiance et la quiétude des villages amérindiens de l’Ontario et du Manitoba. Je rencontre tous les jours des Inuits très hospitaliers, éparpillés le long des berges dans leurs camps d’été près desquels ils posent des filets. La pêche au saumon, très réglementée pour préserver les populations déclinantes, est ouverte et on peut les voir par dizaines remonter les rivières pour frayer. On me propose très souvent du poisson ou de la viande, seulement, depuis la traversée des Rocheuses, j’ai formulé le vœu de ne plus jamais en manger. Je regrette de ne pas avoir pris cette décision plus tôt car contre toute attente, cela n’est pas du tout mal vu de la part de mes hôtes. Les réactions sont le plus souvent amusantes car ils ne s’imaginent pas vraiment qu’un végétarien puisse se tenir sur ses deux jambes… Le régime de leurs proches ancêtres se composait à 80-90% de poissons et de viandes, aussi, dans les contrées nordiques, l’alimentation carnée reste prédominante, à ceci près que dorénavant, ce sont essentiellement le bœuf, le porc et le poulet qui sont consommés.

Je me trouve actuellement dans le petit village de Golovin pour un arrêt de quelques heures seulement, car la fin de l’expédition approche et mes jambes ne veulent plus s’arrêter. Depuis Kaltag je ne fais que suivre l’Iditarod qui se termine à Nome, la prochaine ville de mon itinéraire côtier.

Une famille à son camp de pêche près d'Elim

Une famille à son camp de pêche près d’Elim

Blueberry Hill près d'Unalaleet

Blueberry Hill près d’Unalaleet

Cabane à Walla Walla

Cabane à Walla Walla

Portage près du cap Darby

Portage près du cap Darby

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Koyuk

Depuis Unalakleet le beau temps m’accompagne, bonnes baignades, eau à 16°, avec un goût de vacances. J’avance assez facilement. Je ne m’arrêterai pas à Koyuk car je profite du beau temps pour aller au plus vite à Elim ou Golovin, encore 3 ou 4 jours de marche, je vous donnerai plus de nouvelles à ce moment.
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Unalakleet

Dans les localités en amont de Kaltag, un seul nom revenait toujours, celui de Richard Burnham, comme étant La personne à rencontrer avant de s’engager sur l’Iditarod en direction de Unalakleet. Pour avoir tant entendu parler de lui, je dois bien avouer que j’ai été déçu par le froid accueil qu’il m’a réservé. Richard s’est contenté de me donner brièvement les informations indispensables, puis a insisté quant à la nécessité de porter une arme à feu pour se défendre des ours. A ce sujet, je suis toujours resté inflexible : aucune arme, ni même de répulsif au poivre, pendant l’expédition. Je ne pars pas en guerre ! Mon point de vue fait en général rire mon interlocuteur, je ne vois pourtant pas ce qu’il y a de drôle ! Les Americains d’Alaska sont terrifiés à l’idée de rencontrer un grizzly, j’en ai vu se promener avec deux armes à feu, d’autres tirer un coup de feu en l’air avant de s’éloigner (un tout petit peu) du chemin… Autant de réactions qui me font sérieusement penser à de la paranoïa, à moins que ce ne soit simplement une manière de travestir leur plaisir à porter une arme. Quoi qu’il en soit, Richard  est revenu à la charge plusieurs fois sur ce sujet et m’a demandé de l’appeler depuis Unalakleet dès que j’arriverai afin qu’il dorme plus tranquillement… Quand j’ai évalué à cinq jours le temps nécessaire pour traverser, Richard a ri et m’a répondu avec condescendance qu’il m’en faudrait au moins huit. Je n’ai rien rétorqué mais en le quittant, dans ma tête, le chronomètre était lancé, je ferai sonner son téléphone avant cinq jours. La peur, la faim et dans le cas présent l’orgueil, sont de bons carburants pour avancer, à conditions qu’ils soient canalisés afin de ne pas envahir tout le paysage mental. Dans une expédition, il est important de savoir faire feu de tout bois.

La première journée fut celle du bizutage car je me suis perdu dans les marécages boisés, denses comme la jungle, au milieu d’un nuage de moustiques. Je m’étais éloigné de la trace pour traverser une rivière à gué mais je n’ai pu la recouper car mes cartes et gps m’indiquaient l’ancien tracé qui partait au sud alors que le nouveau partait dans la direction opposée. J’ai progressé laborieusement en hors-piste durant une très longue après-midi, ce n’est qu’à un col étroit où toutes les pistes doivent transiter que j’ai pu retrouver avec soulagement l’Iditarod. Il y a eu deux autres journées de marche, sans incidents, dans les marais et la toundra durant lesquelles j’ai eu la surprise de rencontrer deux équipes venues en hélicoptère et installées chacune dans les deux cabanes en rondin du parcours. La première étudiait un projet de protection des incendies, l’autre entretenait ces cabanes qui servent d’abri public pendant l’hiver. Ensuite, au lieu de continuer à pied comme je l’avais prévu, j’ai préfèré descendre en kayak la rivière Unalakleet, et ainsi traverser cette région comme cela se faisait au bon vieux temps. Avec ses méandres interminables, elle est trois fois plus longue que le chemin mais elle épargne beaucoup de peines. Deux jours plus tard, j’arrivai à Unalakleet au bord de la mer de Béring, qui pour moi, n’est autre que l’océan Pacifique. Il est un moment merveilleux de voir l’immensité de l’océan s’ouvrir après avoir parcouru 11000 km. Je ne sais encore comment le regarder, comme une barrière bleue ou bien une invitation pleine de promesses.

En tout cas, l’invitation terrestre, elle, est venue de Karl le docker qui m’a abordé avec gentillesse et simplicité dès mon arrivée. C’est de sa maison que je vous écris et prépare la suite de l’aventure qui va me mener à Koyuk dans 3 ou 4 jours. Pour ce faire, je vais suivre les splendides plages de la mer de Béring, marcher au pied des falaises à marée basse et franchir une péninsule en coupant à l’intérieur des terres.

Ces 5 jours font parti des plus beaux du voyage.

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Arrivée à Unalakleet

Arrivée à Unalakleet

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Kaltag

La météo ne s’est guère améliorée ces dix derniers jours mais, à force de patience, j’ai quand même réussi à rejoindre Kaltag et ainsi achever la dernière étape fluviale de l’expédition. J’ai remercié le Yukon de m’avoir laissé passer sain et sauf, puis j’ai embrassé mon kayak, simplement deux kilos de plastique, pour m’avoir mené si loin sans jamais faillir. Il est maintenant rangé dans le sac à dos et ne servira que pour traverser les quelques rivières de la partie pédestre qui m’attend, longue d’environ 750 kilomètres.

Apres Tanana, le Yukon ralentit, les heures s’allongent tandis que les berges s’éloignent progressivement et deviennent monotones. Par mauvais temps, c’est comme faire du home-trainer la tête devant un ventilateur. Même si un vent inhabituel pour la saison a sévi trop longtemps, j’ai fini par me réconcilier avec la rivière grâce à l’hospitalité des localités du Bas-Yukon que j’ai eu le loisir de visiter durant les intempéries. En effet, les mœurs changent après Tanana, les locaux apprécient davantage avoir des nouvelles de l’extérieur et les “drifters” sont accueillis à bras ouverts. Les villages de Bible camp, Ruby, Galena et Nulato, par leurs caractères cosmopolites et dynamiques m’ont fait pensé à autant de “petits Dawson”.

En plus de cette ambiance chaleureuse, il y a eu, par le plus grand des hasards, un moment fort distrayant lors de mon entrée à Galena où une centaine de personnes était massée sur les berges pour voir le final d’une course de bateaux. Je suis arrivé juste derrière le troisième qui filait à plus de 100 km/h devant une foule hilare qui m’acclamait. Deux jeunes enfants ont ensuite accouru pour me demander si j’avais vraiment fait la course avec les autres… Les enfants savent mieux que les adultes que tout est possible ! Il y avait bien longtemps que je n’avais vu autant de personnes à la fois et je me suis senti mal à l’aise, j’avais envie de me cacher pour me dérober à tous ces regards. Toujours à Galena, j’ai rencontré “Jack the Russian”, un réfugié politique Russe, qui vit dans un bateau minuscule, posé à terre, depuis qu’une inondation a dévasté sa maison. Pendant plusieurs heures passionnantes, Jack, un intellectuel arrivé ici sur un raft, m’a parlé de météorologie, paléontologie, géologie, psychologie, histoire, géographie et bien sur de politique. Je doute qu’il y ait un sujet où il ne soit capable de parler fort à propos. Toutes ces connaissances ne l’empêchent nullement de travailler le métal dans une forge de fortune et de donner des conseils dans la construction de maisons à ceux qui lui rendent visite. Une visite chez Jack the Russian est en effet incontournable si l’on s’arrête à Galena. Toujours là-bas, dans un bar, j’ai rencontre Amy, une professeure noire Américaine qui m’a invité chez elle à Nulato, situé en aval. Quelques jours plus tard, avec Shaun son compagnon Ecossais, ils m’ont fait visité ce charmant village de l’Alaska. Quand je vous disais que le Bas-Yukon est cosmopolite !

Cette dernière partie de l’expédition devrait être à la fois intéressante et variée car je vais bientôt sortir de la foret boréale habitée par les Amérindiens Atabascan pour pénétrer chez les Inuits Inupiat, habitant la toundra montagneuse peuplée de gros grizzly. Et puis, je vais enfin rejoindre l’océan Pacifique dans lequel j’ai hâte de me baigner pour la première fois de ma vie. Pour ce faire, je vais suivre une route d’hiver empreintée tous les ans en mars par les mushers de l’Iditarod, une autre course de chiens de traîneaux, avec la Yukon Quest, mondialement célèbre. Je me suis renseigné auprès de Richard Burnham qui habite à Kaltag depuis 43 ans et entretient la piste durant l’hiver. Parait-il que personne n’a jamais suivi cette piste marécageuse, longue de 150 km, en été. Elle débouche sur Unalakleet où je devrais normalement arriver dans cinq jours.

Camp isolé où vivent 3 familles

Camp isolé où vivent 3 familles

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Le village Ruby sous le soleil de minuit

Le village Ruby sous le soleil de minuit

Pause dans un camp habité

Pause dans un camp habité

Gros temps sur le Yukon

Gros temps sur le Yukon

Nulato

Nulato

Le Yukon à Kaltag

Le Yukon à Kaltag

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Tanana, souffler n’est pas jouer…

Comme le laisse entendre le titre, je me trouve toujours à Tanana, bloqué par le vent d’ouest qui, contrairement à moi, ne se fatigue jamais. Bien que j’ai déjà parcouru plusieurs milliers de kilomètres avec mon kayak gonflable, il n’en demeure pas moins un kayak de descente, fait pour les rapides, et non pour parcourir de longues distances. Comme je le précisais déjà l’année dernière, sa lenteur et sa prise au vent importante, limite grandement mes déplacements par temps venteux. Sur l’eau, le vent est le boss, et il m’a donné trois jours de congés, pendant lesquels j’ai rencontré John Walsh avec qui j’ai tout de suite sympathisé. John a fait tout ce qu’il pouvait pour rendre mon séjour riche et agréable. Grâce à lui, j’ai pu partager le quotidien des habitants et discuter avec de nombreuses personnes, notamment le musher Charlie Bowlding, une légende qui a remporté à deux reprises la Yukon Quest. Il n’est pas toujours facile de lier connaissance dans ces villages isolés (sans route) du Yukon, surtout si l’on ne s’arrête que pour une nuit. Je n’irai pas jusqu’à dire que ces lieux sont touristiques, mais le fleuve charrie chaque année de nombreux “drifters” (kayakistes et canoéistes) de toute nationalité sous leurs fenêtres, et ma présence ne suscite pas la curiosité comme ce fût le cas l’année dernière, dans les provinces de l’Ontario, du Manitoba et du Saskatchewan. Des rencontres moins fréquentes mais pleines d’agréables surprises; je pense, entre autres, aux philanthropes Penny et Bill Gay, (http://billandpenny.blogspot.com/) rencontrés à Circle, qui voyagent chaque été en Alaska pour aider et inciter les villageois à avoir un potager, et dernièrement à Paul, qui a travaillé partout dans le monde pour des ONG. A 70 ans, il crapahute toute la journée pour réparer le toit de l’église de Tanana avec l’aide de volontaires dont j’ai fait partie un après-midi.

Les prévisions météorologiques annoncent pour demain une trêve des assauts du vent, il va bientôt être l’heure de sauter dans le kayak pour couvrir un maximum de distance pendant que c’est possible..

John Walsh et Charlie Bowlding

John Walsh et Charlie Bowlding

Alaskan huyskies

Alaskan huyskies

dans les rues de Tanana

dans les rues de Tanana

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Tanana

Pluie, neige, grêle, orages et du vent, toujours du vent… Voila le résumé compendieux des dix derniers jours qui furent un bras de fer quasi permanent avec Eole. Quelles que soient les prévisions météorologiques, la direction des nuages ou la mienne, le vent au sol s’opposait irrémédiablement à mon avancée, me contraignant parfois à des arrêts de 24h. Je n’ai rien connu de plus exaspérant que de le voir se lever un quart d’heure à peine après les premiers coups de pagaie de la journée, s’arrêter durant ma pause pour reprendre de plus belle par la suite, ou encore me stopper à quelques kilomètres d’un village. Les nombreux camps de pêche où j’ai souvent trouvé refuge ont compensé ces évènements climatiques malheureux. Certains sont de véritables chalets disposant de tout le nécessaire pour passer une agréable soirée, luxe inappréciable lorsque les oreilles bourdonnent après avoir croisé le fer avec le vent durant des heures interminables.

Les villages lacustres du Yukon sont très hétérogènes, les plus petits abritent à peine 40 personnes, et peut-être autant de chiens, qui ne disposent pas de l’eau courante en dehors des sanitaires municipaux. Je me souviens de Circle, une douche pour 80 habitants, où trouver une connexion internet relève de l’exploit ! Pas de magasins et peu de services donc, mais où l’on trouve toujours une personne aimable pour vous dépanner, c’est bien là l’essentiel. En dehors de ces petits centres urbains, certains diront terrains de camping, les rives du Yukon sont vivantes et il n’est pas rare de croiser des bateaux ou de passer devant des cabanes habitées durant la belle saison.

J’envisage de prendre une journée de repos à Tanana pour reposer mes épaules avant de repartir en direction de Kaltag, distant de 400 km environ, pour l’ultime étape fluviale. Je vous donnerai peut-être des nouvelles à ce moment-là s’il est possible de se connecter sans trop de difficultés.

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pont de "Pise"

pont de “Pise”

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